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Les poissons migrateurs de la Garonne
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Ne cachant pas ses affinités clupéidées (la famille des harengs et des sardines), l’alose est l’un des hôtes phare des eaux de la Garonne. Affectueusement appelée sabre ou poisson de mai par ceux qui la taquinent, la grande alose (30 à 70 cm pour 1 à 3 kg) est un migrateur de forme aplatie latéralement, à flancs argentés et bouche remontante caractéristique lui donnant un air un peu réprobateur. Distincte de l’alose feinte (alose cependant plus petite que fausse), l’alosa alosa comme on la nomme poliment, reste tout à la fois la reine du lit et des tables garonnaises. |
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| Et c’est presque miraculeux au regard du destin qu’on promettait à l’espèce il y a quelque vingt ans encore. La dégradation des frayères par l’extraction des matériaux, la construction des barrages empêchant la remontée des rivières conduisaient l’alose à sa perte quand le plan de sauvetage du saumon atlantique fut mis en place. Un opportunisme de bon aloi la fit bien profiter des mesures (aménagement de passes, frayères…). Cependant, on observe depuis quelques années une diminution du nombre d'aloses venant se reproduire, alors qu'on pensait la bataille gagnée. Une vigilance accrue s'impose. |

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Dotée d’une silhouette serpentiforme reconnaissable entre toutes, l’anguille européenne (anguilla anguilla) est sans doute le plus familier des poissons migrateurs. Relativement abondante jusque dans les années 70 dans la Garonne, ses effectifs continuent de décroître dangereusement. Elle a longtemps été considérée comme nuisible et pêchée sans retenue.
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Les civelles, ou pibales selon le nom local de l’alevin, agrémentaient le plat des pauvres jusqu’aux années 70 et complétaient sans façon le régime des animaux de basse-cour… Prise d’un penchant pour la contradiction, l’anguille fait sa migration en sens inverse de «la normale»: passant l’essentiel de sa vie dans les eaux douces du fleuve, elle ne rejoint la mer des Sargasses qu’à l’heure de la reproduction. Aidée par les courants, la larve de l’anguille entame une traversée d’un an (et quelque 6000km) pour rallier les côtes ancestrales avant de se transformer en pibale. Elle fera le chemin du retour, une fois la maturité atteinte si la chance lui a permis d’éviter les drosses des pêcheurs de pibales. Avec le projet Indicang, les régions de l’espace Atlantique ont mis sur pied à l’échelle européenne un réseau d’indicateurs d’abondance et de colonisation consacré à l’anguille. |

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Un corps long, gris ou beige, couvert d’écussons osseux, une nageoire caudale dissymétrique et une bouche prolongée d’une sorte de trompe que soulignent des barbillons… Quand on ajoute à cela des mesures impressionnantes (2,50 m et 200 kg, taille adulte) et une longévité itou (60 ans en moyenne et parfois plus de 100), on comprend la curiosité qu’éveille l’esturgeon. Et sans rien dire encore d’oeufs mangés en caviar (acipenser baeri)… Entre la pêche effrénée depuis le début du siècle (interdite aujourd’hui), la construction des barrages et la dégradation de la qualité des eaux autant que des frayères, l’esturgeon européen (acipenser sturio) a presque disparu. Seule une petite communauté subsiste dans le bassin de la Garonne. Un projet européen baptisé « Life » a oeuvré depuis 1994 à la restauration de l’espèce – totalement protégée – au niveau local tout d’abord, et plus tard à l’échelle européenne.
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Un nouveau programme de restauration, en cours, est basé sur l’alevinage : Les chercheurs du Cemagref ont réussi le 25 juin dernier la première reproduction artificielle de l’esturgeon européen (Acipenser sturio) à partir de spécimens élevés en captivité. La Dordogne et la Garonne, puis l'estuaire de la Gironde, sont le berceau de la dernière population de cette espèce, en grave danger d'extinction à l'échelle mondiale. Les parents, une femelle, Francine, née en 1994, et deux mâles, Justin, né en 1984, et Émile, né en 1994, ont donné naissance environ 11 000 larves le 25 juin 2007.
Après quelques mois en nourrice, une partie de ces poissons restera en captivité pour renforcer les stocks nécessaires au programme de conservation et de restauration de l'espèce à l’échelle européenne. L’autre partie est destinée à rejoindre le milieu naturel en Garonne et en Dordogne, pour soutenir la population sauvage dont les effectifs sont au plus bas. Ils se fraieront ensuite un chemin jusqu'à l'estuaire, où ils passeront plusieurs années avant de partir en mer.
Retour prévu en Garonne … dans une quinzaine d'année. |

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Vertébré primitif pouvant atteindre 1 mètre à taille adulte, la lamproie marine, ou petromyzon marinus, compte parmi les huit espèces de migrateurs habitués de la Garonne. Affichant un certain mépris des règles élémentaires de la courtoisie, elle vit littéralement aux crochets de ses congénères (morues, maquereaux et autres harengs) dans le dos desquels elle ventouse une bouche pleine de dents lui servant à décaper les chairs et à aspirer le sang. Menacée par les barrages, les pollutions diverses, la dégradation générale qui touche tous les habitats et l’extraction des granulats dans le lit mineur du fleuve (où elle se plaît à frayer), sa population semble pourtant se maintenir. Quant à la lamproie fluviatile, elle aussi a augmenté ces dernières années dans de nombreux bassins européens, sans que l’on sache pourquoi…
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Disparu dans les années 1970, le saumon atlantique repeuple peu à peu le bassin de la Garonne.
Poisson fusiforme couvert de petites écailles, le saumon atlantique (Salmo salar pour les intimes) est une espèce amphibiotique potamotoque (qui fréquente alternativement eaux douces et eaux salées, et pond ses oeufs dans les rivières), classée vulnérable. Pouvant atteindre 1,50 m pour 35 kg, les individus vigoureux qui peuplaient jadis la Garonne ont peu à peu périclité, victimes qu’ils étaientdes pollutions diverses et surtout des obstacles nombreux qui empêchaient leur frai.
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| Un programme de restauration, élaboré dans les années 1970, a permisune réintroduction progressive de l’espèce. La construction d’ouvrages de franchissement des obstacles majeurs (passes à poissons, ascenseurs…), et les alevinages réguliers prescrits par le plan SAGA 2000 (Saumon AtlantiqueGaronne Ariège), contribuent au retour encore timide du migrateur dans la Garonne.Appelé alevin jusqu’à son premier printemps, le petit saumon est baptisé tacon puis smolt avant d’atteindre l’âge adulte. Mesurant de 4 à 20 cm, le tacon revêt une robe aux reflets métalliques, tourne un dos gris ardoise plus ou moins bleuté, remue des flancs argentés aux marques caractéristiques dites «en doigts de gant» et cache en général un ventre blanc nacré. |
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| Lorsqu’il atteint 12 à 18 cm, les lignes sombres de ses flancs s’estompent, son corps s’allonge et ses écailles deviennent à la fois plus argentées et plus fragiles. Cette métamorphose physiologique indique qu’il est prêt à entreprendre sa migration vers la mer (ou dévalaison). Le juvénile, dès lors, est appelé smolt. Les opérations d’alevinage et de repeuplement organisées sur le bassin de la Garonne s’opèrent à plusieurs stades : le stade alevin pré-estival (poissons de 0,8g à 3g, âgés de 3 à 5 mois), le stade tacon d’automne et le stade smolt, enfin, pour des poissons ayant passé une année en structure de production et ayant entamé leur mutation. Ils sont déversés sur les parties aval des axes, pour leur éviter un transit pour le moins déplaisant par les turbines des aménagements hydroélectriques. |
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